Le patrimoine des moulins : une histoire d’énergie

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Avant le 19ème siècle, le patrimoine s’édifie dans un monde d’énergie renouvelable. Nourriture, eau, muscles, vertèbres solides et nous pouvions tout faire. Notre colonne vertébrale symbolise toutes les constructions anciennes, mais Homo sapiens attendait les moteurs.

Le grain, denrée stockable, permet de passer l’hiver, assure l’expansion démographique et une forte résilience. Hautement énergétique le pain devient le socle de l’alimentation et des caries dentaires. Dès l’apparition de l’agriculture, les meules permettent à force de bras et ensuite d’animaux de broyer le grain, tâche épuisante et répétitive. La première machine devait donc être celle-là.

Apparu dès l’antiquité et largement répandu au Moyen Age, le moulin à eau se complétera des moulins à vent au 12ème siècle. Il fallait des moulins partout, on transportait peu, toujours une histoire de vertèbres. Le débit d’une dérivation de rivière se gère facilement, alors que le moulin à vent va trop vite, va trop vite. Ah ce meunier qui dort…

Les moulins à eau bénéficient d’une énergie beaucoup plus grande et permanente (eau 800 fois plus dense que l’air), des moyens rudimentaires permettaient déjà de faire tourner une meule, les mécanismes s’affineront. Quel effet structurant pour la société de disposer de tels moyens ! Sur les côtes les moulins à marée apparaissent aussi très tôt. Ces moulins n’ont cessé d’évoluer devenant une force motrice généraliste pour produire : huile, ocre, pastel, chaux, foulons textiles, broyage d’écorce pour tanneries, pâte à papier, cardes, malt pour bières, scieries, j’en oublie. Le grain restait prioritaire, pour le pain mais aussi pour la bière, un dérivé du pain, nos gosiers ont toujours lutté contre la sécheresse. Le moteur arrivait donc, soulageant bras, épaules et vertèbres, faisant naître la productivité, carburant de notre niveau de vie. Les moulins deviennent nos premières zones industrielles, mais avec libellules et papillons. Leur histoire bascule avec la révolution française (1789), l’arrêt du droit banal favorise les investissements de productivité, abaisse le prix du pain et la révolution industrielle (1760-1840) qui offre la vapeur et décime nos forêts. Le charbon produisant vapeur et acier a permis de les reconstituer dès le 19ème siècle, nous soumettant aux énergies fossiles.

Grand paradoxe, maintenant il menace nos forêts d’incendie à cause du changement climatique et de la baisse des précipitations, nous écrivons le futur en CO2. Pour les distraits, les moulins à café ne produisent pas d’énergie à partir du café, mais en consomment pour la mouture !  La première guerre mondiale montra notre dépendance au charbon et on multipliera les grands barrages hydroélectriques. Tout était renouvelable, tout le redeviendra. Les moulins résistent face aux machines thermiques et électriques pendant plus de 100 ans, ils étaient encore très nombreux au début du 20ème siècle. Les minoteries et le rail les arrêteront après 2000 ans de domination. Ces anciennes technologies deviennent les centrales hydroélectriques au fil de l’eau et les éoliennes. On stockait la production de farine, et donc l’énergie éolienne, le meunier comme le marin jouait du vent, son absence les endormait, il rythmait la vie.  Maintenant nous ne savons pas stocker pertinemment l’électricité produite par les éoliennes, leur grande limite. Nous avons oublié la vie rythmée par le vent…

En revanche l’électricité au « fil de l’eau » s’affiche comme une fourniture de base, tant elle est régulière et prévisible (25% de la capacité installée mais produit 50% de l’hydroélectricité en France).  Il existe beaucoup de petits sites que l’on peut équiper de turbines, car même si d’une puissance modeste, cette production n’a pas les aléas de l’éolien ni du solaire et complète les autres fournitures pilotables comme le thermique fossile et le nucléaire. Son coût global pour le réseau reste largement inférieur à toutes les autres renouvelables car on s’affranchit de la nécessité du stockage précisément parce qu’il s’agit d’une fourniture de base hivernale.  Equipons chaque vieux moulin de turbines, même petites, allégeant d’autant notre contrainte énergétique. Les habitants se rappelleront que cette production anecdotique vue d’aujourd’hui, était jusqu’au 19eme siècle la seule puissance mécanique disponible nourrissant et habillant bûcherons costauds et jolies bergères.

Cette histoire d’efforts et de survie nous interdit de jeter le pain, ni surtout la bière !!!

Mais on consomme sans un regard la bimbeloterie venue d’Ailleurs. Acheminée par le pétrole, produite avec du charbon et la sueur de quasi-esclaves lointains, son prix ne reflète en rien la prédation environnementale. Les ressources, l’énergie consommée et les rejets donnent la vraie valeur des objets, pas l’étiquette. Eau, pain, bière, café… Encore une bonne journée !

Homo CO2

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