Reboisement : Rêve végétal

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Du haut de ce vallon ouvert du Quercy, Olivier Dubois regardait cette vingtaine d’arpents légués par son grand-père. Une terre maltraitée, ravinée par des labours profonds trop souvent nus l’hiver. Les nombreux cailloux en surface attestaient des pertes : érosion du sol, faible teneur en vie organique et en eau. 10 000 ans pour faire un sol mais quelques années pour l’affaiblir.  Il allait enfin pouvoir reboiser, concrétiser ses convictions. Au travail donc !

Mais replanter les essences locales allait émettre un CO2 caché colossal ! En ajoutant toutes les prestations des engins et transports il avait calculé que chaque hectare allait bel et bien en émettre des tonnes avant même que les arbres en stockent le premier kilo. De plus ce CO2 fossile émis pour plus de 10 000 ans ne serait en réalité jamais compensé par ces arbres qui au mieux grandiraient 100 ans et même transformés en bâti tout le CO2 péniblement stocké repartirait 150 ans plus tard, très loin du cycle des 10 000 ans nécessaire. Les compensations carbones seraient donc une arnaque ? Oui bien sûr, le calcul le montre et le carbone de la biosphère et le fossile ne se valent pas, une éternité les séparent. Repenti, son grand-père lui a fait promettre de réparer sa lâcheté. Rien que pendant sa vie, il avait cumulé une dette de 900 tonnes de CO2 fossile à lui tout seul, 10 hectares de forêt n’y suffiront pas.

Etourdi par ces chiffres il s’endormit et rêva à sa sonate végétale où l’harmonie de la nature chasserait la campagne productive. Mais oui ! Enfin la solution ! Ne rien faire, laisser pousser herbes, broussailles, taillis, les gaulis s’installeront et bientôt les arbres grandiront au gré des sols de l’eau et la lumière. Donc aucun investissement en CO2… Après une journée de calcul le bilan était clair, le carbone stocké par la croissance de ces taillis donnait déjà d’excellents résultats. En fait dès le premier printemps le stockage débute sans travaux d’aucune sorte. Le fourmillement d’oiseaux et d’animaux se chargera de planter. Jamais Olivier n’aurait pensé cela aussi simple, ne rien faire, voilà tout, laisser faire et cela sera redoutablement efficace pour la biodiversité et pour le CO2.

Tellement incroyable qu’il a refait tous les calculs plusieurs fois. Mieux, les petits taillis stockaient plus que les arbres les premières années ! Il pouvait tracer les prévisions de captage de CO2 par année et comparer les courbes, aucun doute possible ! Parfait. Mais que faire de l’argent laissé par grand père pour son projet ? Surtout ne pas le dépenser, cela émettrait encore plus. Arrondir largement ces arpents, soustraire à l’avidité des hommes pour redonner beaucoup plus tard, voilà la bonne solution. Maintenant il fallait se documenter solidement sur l’arrivée naturelle des arbres.

Là encore la surprise l’attendait, incroyable… Après la dernière glaciation cette campagne n’était qu’une steppe rase, une prairie à bisons il y 15 000 ans en lieu de la forêt rêvée. Mais avec la montée des températures les arbres arrivaient en hordes compactes. Réfugiés climatiques en Espagne et en Italie ces immigrants galopaient sur leurs racines : 500 mètres par an, le grand remplacement commençait. Mais comment ces chênes immobiles pouvaient parcourir 500m par an ? Des oiseaux et des animaux friands de glands ? Oui sûrement mais voici un curieux animal sur 2 pattes venu de l’est, maigre et rapide, marchant aux glucides et sachant cuire les glands. Voici donc celui qui avait la capacité de les disséminer comme ses descendants sèmeront le plastique.

Les chênes venus des péninsules ibérique et italienne conservaient les traces de leurs origines. La carte génétique des arbres montrait que sa parcelle dans le bas Quercy se trouvait précisément à la jonction des migrants Ibères et Italiens. Des gaillards quand même ces glands qui franchissent les chaînes de montagne.  Les racines créeront les sols par les actions mécaniques et chimiques. Voici venir nos forêts. En fermant les livres, il pensa aussi que le fin ruisseau du vallon coulerait plus longtemps en été grâce à la formidable inertie végétale.

Ravi de son plan de travail, il acheta un grand hamac en chanvre, et 2 poteaux en bois. Il suffisait de profiter de l’air frais et sentir ce doux soleil. Son plan avait déjà commencé, gratuit, simple et le plus efficace de tous. Le volume de sol importe plus que la surface et la vie du sol remplace l’engrais, il aura bientôt recréé ce patrimoine. Pour baptiser tous ces arrivants végétaux il choisira parmi les prénoms du monde.

Homo CO2

Source : Migration des arbres, vie du sol.

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